Une série de 12 Films burlesques à vélo (Durée de 2 à 8′, HDV)
– Tu me regardes, non ?
– Je te regarde, oui.
Tous nos yeux roulent et roulent comme des vélos qui filent
des paroles qui murmurent
des insectes volants encore et encore
pleins de zigzags, de retours, de changements
et d’alarmes douces.
Instants fugaces, fixés par le cinéma. ETOILES FILANTES
Le projet est de proposer à des cyclistes de réaliser des films-minutes, joués par eux-même. A la fois une représentation de leur diversité, et un clin d’oeil humoristique à l’écrasante majorité de ces véhicules blindés qu’on appelle voitures.
Burlesque « à la Tati »
… Chorégraphier la Chute, Ré-enchanter le monde
Comment Jacques Tati, auteur et réalisateur, a-t-il ré-enchanté le monde, ce petit monde presque invisible qui, dans ses films, se met à exister avec ses soucis et ses joies ?
Par une capacité à rire de nous-même, à prendre du recul avec notre propre connerie. Prendre la mesure de nos propres peurs, nos prétentions, notre crédulité, nos colères, aveuglements, hésitations… Et aussi l’attachement têtu à nos rêves, malgré les empêchements.
LE PROJET
cyclisme tout azimut
C’est d’abord une étape de collecte « tout azimut » dans les lieux les plus excentriques possible, dans le département du Cher.
Aller rencontrer des cyclistes et enregistrer leurs observations, histoires vécues. Partager leurs connaissances de leurs villes, leurs villages, leurs trajets. Prendre des notes, dessiner, documenter ces rencontres.
L’étape suivante est de proposer des temps d’écriture, de jeu clownesque (développer le potentiel émotionnel de ce qui est déjà présent dans les situations) et de mise en place (construction d’une éventuelle scénographie), avec leur participation : comme acteurs, comme scénaristes, dans le travail de repérages, les recherche d’accessoires, à la prise de vues, au travail sonore, dans les rôles de figurants, tout est important.
Chaque film sera co-construit avec un-e artiste professionnel-le : actrice, metteuse en scène, chorégraphe ou poète.
Je souhaite aussi inclure dans cette approche un musicien, une musicienne, qui réfléchira dés le début, à la bande-son, à partir des bruits, des paroles et des paysages émotionnels.
La musique des bruits
Jacques Tati a fait la jonction entre le muet et le parlant, grâce à un immense travail du son. Voix et bruits étaient minutieusement gradués dans leurs textures, jouant du déséquilibre, de la réponse, de la surprise ou de la répétition. Dans ses films la vie devient une composition musicale.
Notre ville de Bourges est un berceau (parmi d’autres) de la musique électro-acoustique, il est naturel de faire ressurgir ce patrimoine dans ce projet.
LE CONTEXTE
Créer des images : un engagement
Les artistes seront engagés auprès des participant-e-s en leur proposant de créer leurs propres images. Parce que dans des zones un peu délaissée, ou qui se sentent moins « regardés » que les habitants des centre- ville, on est dépendant des images produites par d’autres, par certains médias ou certaines politiques, et qu’il est difficile d’agir sur ces images.
Les interstices
Le cycliste est un grain de poussière. Sur la route sa présence est perçue comme une intrusion. Il interroge ce qui est entre-deux, entre le trottoir et la rue, entre le lent et le rapide. Entre le pénible et l’agréable.
Se cogner dans les murs de… la consommation
La consommation industrielle nous attire, nous envahie, elle nous donne du fil à retordre. Elle se présente toujours avec le masque de la perfection dans la publicité. Mais déplaçons légèrement ce masque : quel drôle de tableau se dessine ?
Si l’on demande à quelqu’un de raconter une anecdote, une aventure en lien avec un objet ultra-moderne, un objet connecté par exemple, on a des chance de récolter de bonnes histoires.
A vélo, même connecté, tu es d’une indépendance complète. Tu possèdes peu mais tu le possèdes entièrement. L’espace qui est ouvert devant tes roues et le temps que tu prends à le traverser.
La capacité d’attention
Le vélo développe une capacité d’être attentif : Attention à soi-même d’abord, car le danger est palpable. Regard périphérique, oreille tendue vers ce qui se passe autour, mains sur le frein ou le dérailleur, pied agile, on guette l’obstacle, l’imprévu.
On voit l’autre cycliste, on voit le piéton, on voit la voisine à sa fenêtre et le chat qui dort entre deux voitures. Il est facile de s’arrêter pour converser, ou juste saluer.
On sent les trous, ces plaies de la route, on sent le gazoil, mais aussi l’odeur des jardins et l’odeur des cuisines. On est mouillé quand il pleut et on a chaud sous le soleil, on pédale vent dans le nez, ou vent dans le dos. Prendre conscience de la valeur de ces petites choses, c’est un enjeu pour une jeunesse qui grandit avec les écrans, sans régulation et sans parachute.
Héritage de Jacques Tati : POSER LE REGARD
Le cinéma de Jacques Tati est une immense fresque qui m’inspire depuis longtemps. S’il revenait aujourd’hui, que filmerait-il ? …
D’abord, avant de filmer, il regarderait.
Intensément, géométriquement, en relief, il regarderait. En souriant, en râlant, en grommelant, il regarderait nos écrans plats, nos paysages intérieurs morcelés, nos gestes copiés-collés. Nos psychés allumées jours et nuits, agacées, titillées par les 1000 informations vidéo- propulsées vers nos rétines.
Il ferait un portrait de toi, de moi, de nous, et surtout de nos dis-fonctionnements.
C. Delaporte
Ce projet a reçu le soutien de Bourges2028 Capitale Européenne de la Culture